Incredible India! est le slogan du ministère indien du Tourisme. On y pense quand on entre à la gare de New Delhi et qu’on s’aperçoit d’abord que le train aura un retard de 6 heures (qui sera augmenté à 7 heures et demie un peu plus tard), que la gare est un vrai capharnaüm et qu’on se demande comment on se retrouvera là-dedans et que les trains ont l’air de sortir tout droit d’un vieux film sur la période britannique de l’Inde.
Heureusement, sur la plate-forme numéro 16, les chemins de fers indiens offrent un lounge tout à fait confortable où on trouve à manger et à boire et, beaucoup plus important, le wi-fi. Et, comme c’est souvent le cas,tout à coup, tout tombe à sa place et tout rentre dans l’ordre.
Quand le train a finalement quitté Delhi, il était 10h et j’avais plus de huit heures de retard. Les communications par courriel aidant, quand le train est arrivé en gare d’Agra, vers 2h du matin, mon chauffeur m’attendais pour m’amener à pension de famille où je suis pendant mon séjour dans l’ancien capitale de l’empire moghul, Agra.
Agra compte un million et demie d’habitants, pourtant c’est une ville beaucoup moins urbaine que Delhi. J’ai vu ma première vache sacrée dans la rue, un dromadaire, des ânes, des chèvres, des chiens évidemment, et même des singes. Je me suis rappelé du « crazy driving » de Delhi. Je ne sais pas comment on peut appeler ça ici. Les gens, avec tous les moyens de transports possibles, du vélo à l’autobus hyper-moderne et luxueux, roulent à des vitesses folles. Personne n’utilise de clignotants, j’imagine que ça pourrait ralentir la circulation. Je me suis passé le commentaire, à un moment donné, après avoir réussi à me réouvrir les yeux, que les gens ne conduisent pas de véhicules, à Agra, ils naviguent. Ça roule, ça tangue, d’un côté à l’autre de la route selon les besoins, la grosseurs des véhicules qui approchent et les talents du chauffeur. J’ai vraiment eu, à uncertain moment, l’impression d’être dans un jeu vidéo dans une course de véhicules avec des obstacles à affronter: la grosse voisine d’à côté, un chien errant, deux chiens errants, trois chiens errants, une vache noiratre, des jeunes, un, deux, trois, qui poussent et tirent des chariots, à deux ou à quatre roues, d’autres qui jouent au ping pong dans la rue et des motos qui cherchent à augmenter sans cesse leur vitesse de croisière.
En voyant les gens agir d’abord en fonçant pour chercher à avancer plus rapidement , je comprenais que les Indiens ne laissent pas un seul espace entre eux-mêmes et là où ils veulent aller. Gare aux orteils et aux coups de coude dans les côtes. C’est clairement une question de survie: peu importe la situation. Dans les escaliers, dans les files d’attente comme sur la route, il ne faut pas céder un centimètre. Dès qu’il y a de l’espace, on le prend; s’il n’y en a pas, on le crée. Ça donne gens déterminés, sûrs d’eux sans être arrogants. Ils n’ont pas le choix.
Agra ressemble tellement plus que Delhi à l’image que je me faisait de l’Inde. On est vraiment submergé par le bruit, infernal,par les odeurs, souvent désagréables, par la poussière et la pollution et par les gens eux-mêmes. Voilà un voyage très intense, où les sens sont sollicités à tout moment. Il faut être alerte, mais l’expérience est riche, vraiment riche.