Parce qu’il faut bien revenir à la maison…

Confortablement assis dans le lounge de l’aéroport international Kempegowda de Bengaluru, je contemple les prochaines 24 heures qui me ramèneront chez moi, dans un hiver qui semble faire des siennes, si j’en crois MétéoMédia.

J’ai fait la route en taxi de mon hôtel au centre de la ville jusqu’à l’aéroport, la vitre baissée pour laisser la brise chaude me caresser le visage une dernière fois. C’est le milieu de la nuit, il est minuit. Le vol vers Paris est prévu pour 2h du matin.

C’est difficile de quitter. C’est la même chose à chaque fois. Ce n’est pas très original.

Ce fut un beau voyage, et pour plusieurs raisons. D’abord parce que j’ai visité des endroits où je n’avais jamais encore déposé mon sac de voyage. Puis, parce que j’ai rencontré des gens sympathiques à chacune des étapes, des gens d’ici qui m’ont tour à tour présenté leur version de ce pays; des versions pas toujours compatibles les unes avec les autres. C’est ainsi que chacun aime son pays, chacun à sa façon, dans ces temps troublés où tout est exacerbé et que le feu couve sous les cendres.

Puis aussi parce que je me suis aventuré toujours un peu plus à goûter des plats toujours plus relevés ou des en-cas achetés dans la rue, les fameux chaats; à boire du massala chai plusieurs fois par jour. Parce que j’en suis à trouver normales des choses qui me sembleraient tellement inconvenantes chez moi; les gens qui poussent partout et tout le temps, l’absence de courtoisie minimale, le bruit à toute heure du jour et de la nuit, les odeurs souvent fortes et dérangeantes, la saleté des rues, la poussière qui colle aux souliers, la foule, la multitude et l’espace vital, notre bulle, réduit à son minimum.

Parce que ce voyage m’a permis de reprendre contact avec un vieil ami que je n’ai pas revu depuis longtemps et qui est en Inde en même temps que moi, mais lui pour la toute première fois.

Je ne m’habitue pas, cependant, à la place des femmes dans cette société; ce qui, a contrario, rend admirables celles qui se font une place grâce à leur détermination, leur volonté et leur talent. Et j’en ai aussi rencontré.

Je ne m’habitue pas à la pauvreté, aux gens qui dorment sur le trottoir comme le vieil homme à moitié nu croisé cette après-midi près de la cathédrale Saint Mark, aux enfants mendiants qui ont le regard cruel dans lequel on lit la volonté de vivre une autre journée.

Mais je suis ébloui par ce pays où on n’a jamais fini d’apprendre et qui force l’humilité . Un pays de six mille ans où les histoires privées font aussi partie d la grande histoire. Un pays qui malgré la pauvreté contient de telles richesses qu’elles deviennent invraisemblables et parfois insoutenables . Un pays où la nature peut être positivement envoûtante et faire oublier la multitude. Un pays où même les couchers de soleil ont un sens. Un pays où il est normal, tout à fait normal, de parler cinq, six ou sept langues et de prier 3000 divinités ou encore un seul dieu.

Un pays difficile à laisser après plus d’un mois…

Bengaluru en noir et blanc

Il fut un temps, jadis, autrefois, où nous avions du plaisir à prendre des photos avec du film noir et blanc. Ce temps est révolu, bien sûr, mais on peut quand même voir ce que ça donnerait si on essayait à nouveau de voir le monde sans couleur. Tout n’est-il pas différent?

St.Mark Cathedral

Près de MG Road et de Cubbon Park, on peut visiter la jolie cathédrale Saint Mark, de la South India Church, la branche locale de l’Église anglicane.

Assez sobre, bien que je la soupçonne d’être High Church, elle est très bien entretenue. Tout est très propre. Un oasis de paix au cœur de Bengaluru.

On y est bien accueilli. Vous devriez entrer avec moi.

Nous sommes dimanche et l’office vient de se terminer, les paroissiens quittaient l’endroit en conversant les uns avec les autres.

À l’intérieur, il n’y a plus personne. On a la cathédrale pour soi.

Près du choeur, la liste des hymnes permet aux paroissiens de participer.

En commençant par l’hymne 33. Pour vous qui êtes curieux, je l’ai cherchée.

Malheureusement, l’air n’est pas disponible. Je me sens tout à fait capable d’imaginer les fidèles le psalmodiant ensemble.

Sur les murs intérieurs de l’édifice, on peut voir différentes plaques commémoratives comme celle-ci en hommage à des paroissiens méritants.

Essayez simplement d’imaginer la vie de cette dame, clairement d’origine britannique, peut- être née en Inde en 1895 et décédée en 1986 dans un pays qui devait être tellement différent de ce qu’elle avait connue enfant. Il y a probablement encore aujourd’hui des gens âgés qui l’ont connue et qui pourraient raconter son histoire. Ce sont des recherches et des rencontres qui pourraient être passionnantes à faire.

Un sympathique couple de Mumbai

On ne s’attend pas à recevoir une formation complète sur l’implantation en Inde de la Goods and Sercices Tax, la GST, l’équivalent de notre TPS ou de la TVA française. Mais ça survient au moment où on s’y attend le moins, dans le train entre Bikaner et Jodhpur.

Un peu avant le départ, le wagon était presque vide quand un couple chargé de bagages vint s’installer dans le compartiment où je venais moi-même de prendre place. Très sympathiques, ils se sont rapidement présentés. Habitant Mumbai mais originaires de Bikaner, ils venaient d’y passer quelques jours parce le frère du mari était souffrant. Ils retournaient maintenant à Mumbai, un périple de 24 heures dans ce train. Je m’estimai chanceux de n’y passer que six heures et de descendre à Jodhpur.

Après les échanges d’usage sur mon appréciation de l’Inde, sur les endroits que j’ai visités et un échanges de suggestions et de conseils de voyage, j’ai à mon tour posé des questions sur leur travail. Dans un premier temps très discret, le mari me dit travailler pour le gouvernement indien. Sans donner plus de détails.

Ce n’est qu’un peu plus tard que j’appris qu’il est un très haut fonctionnaire du ministère indien des Finances, membre de la commission chargée de l’implantation de cette nouvelle taxe.

Il existait bien sûr une multitude de taxes sur les biens et services en Inde avant l’instauration de cette nouvelle taxe en 2017. Chacun des États, de même que le gouvernement central, avaient plusieurs façons de taxer les différents produits et services dans le pays. Depuis 2004, le ministère des Finances travaillait sur un projet de taxe unique, coordonnée avec les États. Le projet, même s’il subit toujours des modifications, il y aurait eu plus de 300 amendements à la loi depuis son adoption, est implanté depuis 2017. La commission est responsable tant de l’implantation que de son application et que de la coordination avec les 30 ministères des Finances des États et du gouvernement central.

Les critiques sont généralement positives, tant chez les gens d’affaires que chez les consommateurs qui ont vu les prix baisser légèrement depuis son entrée en vigueur. Mais j’ai compris de mon sympathique interlocuteur que l’exercice demande une gymnastique hors du commun pour coordonner tous ces ministères.

Ce sont le Canada et l’Australie qui ont servi de modèles. Il m’a confié, sourire en coin, que l’ayant instaurer après que ces deux pays l’aient fait, l’Inde a pu ainsi améliorer la taxe.

Il doit venir au Canada pour une mission avec des vis-à-vis ministériels avant la fin de l’été 2020. Peut-être aurons-nous la possibilité de nous revoir à ce moment.

Le cénotaphe royal de Bikaner

On l’a vu dans d’autres villes, après leur mort, leur incinération et, fort probablement, la dispersion de leurs cendres dans le Gange, en leur souvenir on élève des monuments funéraires aux membres de la famille royale de Bikaner.

Généralement, en marbre, ces monuments érigés loin dans la campagne ont fière allure sous le beau ciel bleu.

Le temple jaïn Seth Bhandasar de Bikaner

Cinq cents ans d’histoire dans ce très beau et très décoré temple jaïn Seth Bhandasar. Ce temple à quelques chose de très particulier, au lieu d’utiliser de l’eau pour le mortier, à l’époque on a utilisé du beurre clarifié, le fameux ghee, dont on se sert en cuisine en Inde du nord. La rumeur veut que lorsqu’il fait très chaud l’été, et à Bikaner la température peut monter jusqu’à 50C à cette saison, le temple suinterait le beurre…

On est très bien accueilli dans ce temple et on vous laisse prendre le temps de le visiter et d’en découvrir toutes les facettes et tous les recoins.