Jaïpur, la ville rose. Après Delhi et sa pollution (je tousse encore…), Agra et sa pauvreté affichée, Jaïpur semble une petite ville propre et agréable. J’ai eu la surprise d’apprendre qu’on y compte plus de trois millions d’habitants.
Il faut dire, et ça ne nuit pas, que je suis tombé sur un excellent guide. Bablu, qui conduit les touristes qui visitent sa ville avec son auto-rickshaw, le fameux tuk-tuk, est musulman. Il est le père d’un petit garçon de deux ans et sa femme est enceinte. Il s’occupe de 14 membres de sa famille, dont sa mère, sa belle-sœur et ses enfants, ses frères et sœurs. Et il aime Jaïpur. Il le résume avec une jolie formule. « I’m good in Jaipur and Jaipur is good for me ».
Bablu ne sait ni lire ni écrire. Pourtant, j’ai eu aujourd’hui des conversations avec lui tout à fait passionnantes. Il connaît sa ville, son histoire, il a des opinions sur plein de choses et il m’en a expliqué bien d’autres. J’espère que son fils aura plus de chance que lui et pourra aller à l’école.
Il m’a dit que les jeunes faisaient changer l’Inde. Il m’a expliqué que les vieilles façons de penser, il faisait référence au système des castes, ne résisteraient pas à la volonté des jeunes de voir les choses évoluer. Les musulmans, comme Bablu, sont assimilés aux Intouchables, les Dalit. Il est difficile de trouver du travail, particulièrement dans les emplois qui permettent de sortir de la misère. Je lui ai demandé s’il était optimiste. Oui, a-t-il répondu. Son aplomb m’a surpris. Et inspiré. Le Rajasthan a traversé des élections il y a quelques semaines (en même temps que Delhi, le Chhattisgarh, le Mizoram et le Madhya Pradesh). Comme partout ailleurs , sauf au Mizoram, le parti du Congrès, celui de la famille Nehru-Gandhi, s’est fait ramassé par le BJP, le Parti du peuple hindou, de tendance nationaliste-hindou.
Bablu m’a dit qu’il n’y avait ni émeute ni violence inter-communautaire quand c’était le Congrès qui gouvernait l’État, sous-entendant le reste. Mais, malheureusement, le Congrès n’a rien fait de son dernier mandat, explique-t-il.
Cette conversation n’a duré qu’un moment. Je n’ai pas insisté. J’ai apprécié qu’il me dise que bien peu de touristes comprenaient ces enjeux. Mais j’ai vraiment gagné des points quand j’ai reconnu la photo de Kareena Kapoor, une actrice extraordinairement populaire en Inde, sur les garde-boue d’un camion (oui, ça existe en Inde des photos d’actrice sur les garde-boue de camion). Là, il était complètement soufflé que je la connaisse.
Depuis que je suis en Inde, je suis surpris de ne jamais entendre de musique. Il m’a offert de mettre de la musique (indienne, évidemment) dans le tuk-tuk. Il m’a expliqué qu’il n’osait pas le faire avec les touristes parce que tout le monde n’est pas à l’aise avec la musique orientale. La musique était excellente. On roulait à toute vitesse (pour un tuk-tuk…) dans les rues de la ville rose avec cette musique géniale. Je me disais qu’à tout moment les gens se mettraient à danser dans les rues comme dans les films de Bollywood! Parlez-moi d’un fantasme!
Je lui ai demandé de m’amener m’acheter un CD de musique indienne. « Non, m’a-t-il dit, on ne vend plus de CD, la qualité est trop mauvaise. Il faut plutôt acheter une carte mémoire… ». J’étais là, dans son tuk-tuk, à écouter de la musique indienne à partir d’une carte mémoire, dans ce pays que plusieurs touristes trouvent arriéré et je me faisais répondre que je devais acheter une carte mémoire! C’était moi l’arriéré…
J’ai apprécié la leçon. Et j’ai passé une journée géniale.
J’adore. Joyeux Noël Denis. Ah oui, Raphaël te remercie pour la photo des éléphants.
Denis , j’adore la musique indienne ! Huguette