On est encore dans l’avion et on voit l’aéroport ultra-moderne de Bangalore, dans le Karnataka. On comprend tout de suite que la vie est différente dans la capitale de ce qui a déjà été le royaume de Mysore. Une autoroute comme je n’en ai vu nulle part ailleurs en Inde nous permet de quitter la zone aéroportuaire. Il faut 35 km pour arriver à la ville, son horizon meublé de tours modernes. Bangalore est la Silicon Valley de l’Inde. Ici, sont réunies les grandes compagnies indiennes et internationales de technologie. Il faut voir Bangalore car on a peut-être alors un coup d’oeil sur ce que pourrait devenir l’Inde.
À l’aéroport de Kochi, en attendant l’avion qui m’emmenerait à Bangalore, j’ai eu une conversation avec l’éditeur d’un grand quotidien de Nouvelle-Zélande, originaire de l’Inde. Il a quitté le pays il y a plus de 25 ans, il est originaire de Madras (Chennai). Il me disait qu’il vient en Inde tous les six mois. Je lui ai demandé s’il voyait les changements survenir dans le pays. Il a souri et à répondu : « Every six months, I see how India is changing ».
Cet après-midi, assis confortablement dans un café de Church Street, je lisais des magazines politiques indiens. Les analystes se fendent de pronostics pour les élections qui se dérouleront en avril et mai prochain (le vote se fera sur huit semaines, quand on est 800 millions à voter…). La présence de l’AAP vient vraiment brouiller les cartes du jeu traditionnel entre le Parti du Congrès et le BJP. Plusieurs évoquent un changement de ton chez les grands partis, the AAP effect… Il devient assez clair que même les grands partis ne peuvent plus utiliser le même langage. Il faut parler de lutte à la corruption, il faut parler des réponses à donner aux attentes de citoyens et de changement de générations. Je trouve assez fascinant de lire des analyses semblables dans des quotidiens différents, d’un état à l’autre. On est pourtant vraiment loin de Delhi, ici. Par contre, on sent que les partis régionaux (ceux qui permettent aux grands partis de réunir le nombre de sièges suffisants au Parlement, le Lok Sabha, pour obtenir une majorité) ne semblent pas inquiets pour leurs sièges, habitués qu’ils sont de compter sur des clientèles relativement captives. Je suivrai très attentivement les résultats des élections au Karnataka, en avril et mai, les classes moyennes auront-elles leur mot à dire?
Je suis passé tout à l’heure devant le Vidhana Soudha, le siège de l’Assemblée législative du Karnataka. Un magnifique édifice sur le fronton duquel on peut lire : « Government’s work is God’s work ». Deux vautours tournoyaient dans le ciel, autour de l’édifice.