À Bangalore, la température est idéale. Elle dépasse rarement 28C, en hiver, C’est très confortable. Je suis allé marcher tout à l’heure dans le très grand jardin botanique de la ville, Lal Bagh (j’ai appris que Bagh veut dire jardin). S’il s’agit officiellement d’un jardin botanique, on pourrait plutôt penser à un grand parc urbain. Un très grand parc de 75 hectares. Ce jardin a été inauguré au XVIIIe siècle.
La beauté du parc, la fraîcheur de la brise, les grands arbres et les fleurs m’y ont retenu. Mais j’y serai resté plus longtemps encore. J’ai vu un Ashoka planté par Indira Gandhi en 1976. Des avocats (lawyers, pas avocado…) d’Hyderabad, en procès à Bangalore, sont venus discuter quelques minutes avec moi, alors que je prenais quelques notes, assis à l’ombre sur un banc. Quand je dis d’où je viens, les gens grelottent par automatisme. Les photos de la vague de froid nord-américaine des derniers jours ont marqué les esprits.
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Bangalore compte un très beau temple de Shivah. J’y suis allé ce matin. J’ai été bien reçu, bien accueilli. Dommage qu’on ne puisse y prendre de photo. J’ai fait ce qu’on m’a dit, je n’ai pas toujours tout compris. J’ai lancé du lait dans une fontaine, j’ai fait trois fois le tour d’une grosse lampe, j’ai fait trois fois le tour d’un foyer en y plaçant un petit morceau de bois. La statue du dieu, dans la grande cour du temple, était particulièrement impressionnante. Shiva est un dieu hindou très important. Il est généralement représenté avec un trident et des cobras. La statue, ce matin, devait bien faire une dizaine de mètres. Je n’ai pas vu ça souvent. Généralement, les statues des dieux sont dans des niches et sont de tailles très humaines. J’ai visité plusieurs temples hindous depuis mon arrivée en Inde. Je ne suis pas toujours confortable. Les rites me sont complètement inconnus, je me sens vraiment étranger, pas à ma place. Dans certains cas, comme au Marble Temple de Jaîpur, on sent qu’il s’agit d’abord d’un site qui attire les touristes, c’est plus facile à gérer, dans ces cas-là. Mais quand on est dans un vrai lieu de culte, avec des gens qui, autour de nous, participent sérieusement et activement aux rites, j’ai de la difficulté à être confortable. Une question de respect, j’imagine.
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La nouvelle année amène son lots de dossiers dans les médias. D’abord un super-sondage, réalisé par le Times of India dans les huit métropoles indiennes (Delhi, Mumbai, Kolkata, Chennai, Bangalore, Hyderabad, Pune et Ahmedebad). Les résultats indiquent que 44% des citoyens de ces villes (et ça commence à faire pas mal de monde…) sont prêts à voter pour l’AAP. Grosse nouvelle qui vient confirmer qu’il n’y a plus rien de pareil sous le soleil indien. Cependant, la plus grande partie des répondants au sondage (58%) semblent souhaiter que Narendra Modi (BJP) devienne premier ministre, Arvind Kerjiwal (le nouveau CM de Delhi) obtient 25% des intentions de vote et le pauvre Rahul Gandhi ferme la marche avec 14%. Ça doit ruer dans les brancards du parti du Congrès aujourd’hui…
Dans une édition récente du magazine Outlook (une espèce d’Actualité indien que je lisais quand j’étais étudiant au siècle dernier…), on a présenté un dossier complet sur les revendications des femmes et sur le nouveau féminisme des Indiennes. J’ai lu un commentaire dans un numéro ultérieur qui m’a fait grincé des dents. Placé en évidence dans la page des commentaires des lecteurs, un homme, sûrement éclairé et avant-gardiste, écrivait en substance qu’avant de demander quoi que ce soit les femmes devaient au moins prouver ce qu’elles valent…surtout qu’elles ne peuvent pas concurrencer les hommes d’un point de vue de l’endurance physique….
Ouch…
La société indienne est profondément conservatrice. Les valeurs traditionnelles, la famille, la place des femmes, l’obéissance aux aînés sont vraiment importantes. Pourtant, les jeunes urbains commencent à vouloir que les choses changent, tranquillement, sans vraiment rien faire craquer encore. Ils font ce que bien d’autres générations avant eux, dans bien d’autres pays, ont fait. Ils font la fête, ils dansent, ils boient, C’est un phénomène nouveau à l’extérieur des classes aisées. Et ça fait jaser…
Pour l’instant, deux dossiers plus politiques sont au coeur de l’actualité: l’égalité et la sécurité des femmes et l’enjeu de l’homosexualité. La Haute-Cour de Delhi avait décriminalisé l’homosexualité en 2009. En décembre dernier, l’équivalent de la Cour suprême indienne a remis en vigueur une loi britannique de la fin du XIXe siècle et recriminalise ainsi l’homosexualité. Le débat à ce sujet est lancé. De façon surprenante, plusieurs politiciens ont dénoncé cette décision de la cour.
Sonia Gandhi porte depuis des années le dossier de l’égalité et de la sécurité des femmes. Elle n’est pas la seule, loin de là. Mais elle est sûrement la femme la plus importante de l’Inde, à l’heure actuelle. Elle a publiquement abordé ces enjeux très régulièrement au cours des dernières années. D’ailleurs elle était très active dans des groupes qui faisaient la promotion de l’éducation des filles avant de devenir active politiquement, à la mort de son mari. Les récents événements, tragiques, où plusieurs femmes ont été violées et assassinées ont révolté le pays. Mais on sent, à la lecture des médias, qu’il reste encore de ce sentiment que la sécurité des femmes passent par leur pudeur et leur respect des traditions. Comme si elles n’étaient pas les victimes de ces violences intolérables. On sent vraiment un malaise à aborder ce sujet.