Goa – « Shit! It’s chaos in Panaji! »

Il est passé 18h, le dimanche 12 janvier. Plus de 150 000 personnes étaient attendues cet après-midi même pour un immense rassemblement politique du Bharatyia Janata Party, le BJP, les nationalistes hindous. Goa reçoit aujourd’hui Narendra Modi, le CM du Gujarat et le candidat du parti au poste de premier ministre de l’Inde pour les élections du printemps prochain. Panaji est sens dessus dessous pour accueillir celui qui pourrait bien devenir le prochain premier ministre de l’Inde.

Je reviens des plages du nord de l’État et, pour entrer dans la ville, une énorme congestion nous attendait. Autour de nous, des voitures avec des drapeaux aux lotus orange (le signe distinctif du BJP). Des autobus complets faisaient la file pour se rendre dans un champ immense, juste à l’extérieur de Panaji, sur la route du Vieux Goa. Des gens se rendaient surtout en « two wheelers », motos ou vespas. Ils reçoivent un montant pour l’essence et de la nourriture, une fois sur place. Chacun des députés BJP de l’Assemblée législative de Goa Pradesh (l’État de Goa) avait le mandat de réunir 5 000 personnes. J’ai vu, hier, les préparatifs. Ils sont impressionnants, une immense estrade et des barrières en bois pour contenir la foule. J’aurais aimé aller au rassemblement, mais c’est trop compliqué pour se rendre et il me reste un minimum d’instinct de survie… Je regarderai ça à la télé, plutôt, c’est moins idiot que de m’y rendre. (J’entends déjà les commentaires de certaines personnes…).

Mon chauffeur est chrétien et il habite à deux pas de l’auberge dans le superbe quartier de Fontainhas, un des quartiers portugais protégés de Panaji. Nous avons discuté ensemble de toute sorte de choses. Évidemment, nous avons abordé les enjeux politiques… Ça ne donne rien, je trouve toujours le moyen de tendre la perche, sans insister, évidemment. Mais je suis tombé sur un militant du Parti du Congrès. La discussion a été intéressante, riche et instructive.

Les chrétiens (mon chauffeur est catholique romain) sont évidemment très éloignés du BJP qui a repris la ligne selon laquelle l’Inde est un pays hindou. « What’s the place for other religions in such a political vision? » a-t-il répété deux fois. C’est un congressman désabusé, cependant. Il est très amer sur les gouvernements du Congrès des dernières années. Pour être député (à l’assemblée législative de l’État comme au Parlement de Delhi), on reçoit un « ticket ». Ce qu’on appellerait chez nous l’investiture. Aux dernières élections de Goa Pradesh, en 2012, le Parti du Congrès s’est fait lavé. Sérieusement. D’une part, la majorité des ministres de l’État se sont retrouvés pris dans un gigantesque scandale liés aux mines. Ils avaient tous des parts dans ces minières officiellement propriétés de l’État. C’est la Cour Suprême de l’Inde qui a mis fin à ce scandale et ces anciens ministres sont vraiment mal pris aujourd’hui. Par ailleurs, deux ministres ont obtenu des « tickets » pour eux-mêmes et pour leur fils. La population a très mal réagi. Ils ont été battu tous les quatre…

Et puis, tout à coup, il s’est permis quelques flèches contre la famille Nehru-Gandhi. « They’ve ruined India ». Ils ne sont pas là pour l’Inde et pour les gens, dit-il, ils sont là pour eux-mêmes. J’ai fait part de mon analyse selon laquelle Pryanka Ghandi-Vadra, la fille de Sonia et la sœur de Rahul, sera probablement candidate dans la circonscription de sa mère, cette dernière choisissant plutôt de se faire élire à la Chambre haute. Il m’a regardé et il a souri, un sourire triste. C’est évident, a-t-il expliqué. Tout le monde sait que Robert Vadra, le mari de Pryanka s’est beaucoup enrichi grâce au dernier gouvernement du Congrès. La seule façon pour elle de mettre le couvert sur la marmite, d’empêcher que tout ça sorte publiquement est de se faire élire députée pour  bénéficier de l’immunité parlementaire. Sympathique…

J’ai passé une journée géniale à visiter les plages du nord de l’État, à tremper mes pieds fatigués dans l’eau chaude de la mer d’Arabie, le nord de l’océan indien. C’est quand même mon troisième océan. Sur cinq, ce n’est pas si mal. Il reste l’Arctique et l’Antarctique et je ne prévois y tremper les pieds de sitôt…

On s’est promené sur les petites routes qui traversent de jolis villages qui longent la mer. Un peu la mer, un peu la politique. Mais je sais  aussi parler d’autres sujets! On en a évoqué bien d’autres, évidemment. Sa famille, les repas de familles tous les dimanches sur les plages de Goa. Chacune des femmes de la famille, les sœurs et les belles-sœurs, préparant des plats que tout le monde se partage en pique-nique, toutes générations confondues. On a parlé de travail, de celui qu’il a quitté, de celui qu’il a aujourd’hui. On a parlé du prix de la nourriture, qui ne cesse d’augmenter et qui créé une pression intolérable pour les plus pauvres. On a parlé des maisons et de ces russes et de ces gens de Delhi qui les achètent avec de l’argent dont on ne sait d’où il vient, déstabilisant les prix et laissant les gens inquiets pour l’avenir.

Et on a parlé de ma retraite, celle que je prendrai à Goa…

« Shit! It’s chaos in Panaji » a-t-il dit en riant alors que nous revenions dans la ville congestionnée. Je l’ai remercié d’avoir trouvé le titre de mon texte d’aujourd’hui.

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