Il y a très peu d’étrangers dans les trains indiens qui sortent des routes touristiques traditionnelles, du genre triangle Delhi-Agra (où est situé le Taj Mahal)-Jaipur. Alors, ils sont exotiques.
Je n’étais pas sitôt assis à ma place dans le train que le contrôleur est venu s’asseoir à côté de moi pour entreprendre une conversation dans un anglais très limité. Le train a évidemment quitté Lucknow avec plus de trois heures de retard et est arrivé à Varanasi ( Bénarès, la ville sainte sur les bords du Gange) avec cinq heures de retard.
J’ai sorti mon livre et commencé à lire paisiblement quand, en levant les yeux, quelqu’un d’autres avait pris la place. Il a fini par me demandé si j’étais étranger… il voulait clairement engager la conversation. Un jeune pilote de l’armée de l’air indienne début trentaire, d’origine bengali, dont la famille vit en Assam, un État du nord-est et posté au Cachemire depuis quelques mois. Le Cachemire est actuellementune zone de guerre avec le Pakistan. Il m’a dit qu’il trouvait la vie au Cachemire difficile même s’il adore son métier.
Il m’a parlé de l’Inde avec enthousiasme. Comme pratiquement tous les Indiens à qui je parle, il voulait savoir comment l’Inde était perçue à l’étranger. Il m’a parlé avec chaleur du premier ministre actuel, Narandra Modi. « Il va changé l’Inde » m’a-t-il dit. On entendait l’espoir dans sa voix. L’espoir des gens de sa génération.
Puis on a parlé des différences entre les cultures et les langues des différents États de l’Inde. On mange du chapati ( un des pains indiens) dans le nord, du riz dans le sud. On cuisine au beurre dans les États de l’ouest; à l’huile de moutarde dans le nord et à l’huile de coco dans le sud. Il m’a fait sourire en me disant que vivre à plusieurs générations sous le même toit créait des tensions. En Inde, les grands-parents vivent avec leurs enfants et leurs petits-enfants. On a parlé des différents festival religieux.
Puis il est allé rejoindre ses compagnons de voyage.
« J’ai entendu ce que vous disait le jeune homme, tout n’est pas si simple ». Mon autre voisin m’interpelle. Ils sont deux en fait, un couple de retraités de Kolkata. La retraite étant obligatoire à 60 ans, il a du quitter son emploi il y a 10 ans. Il en a donc maintenant 70. En Inde, sauf pour ceux qui travaillent pour le gouvernement, personne n’a de pensions. Il n’y a aucune sécurité sociale. Il a accumulé des fonds tout au long de sa carrière et vit maintenant des intérêts que le montant, placé à la banque, génère. Il est inquiet devant la baisse des taux d’intérêt.
Le couple arrivait d’Haridwar, à la source du Gange, dans les Himalayas. La dame m’a montré de superbes photos, prises avec son IPhone…
Mon monsieur de Kolkata est assez critique face au premier ministre Modi. « Il veut moderniser l’Inde sans tenir comptedu contexte différent ». Il a fait partie de ces gens dont le travail consistait à remplir des énormes cahiers de toutes sortes de renseignements qui sont aujourd’hui entièrement informatisés. « Il n’y a plus d’emplois pour des millions de personnes comme moi. Que feront-ils de tous ces gens après l’informatisation? » Il voulait que je sache qu’il pensait que le changement, ce n’est pas toujours pour le mieux.
Deux générations, deux regards.
L’éternel conflit intergénérationnel… on y est / on y sera toujours…