Il s’appelle Prasanna et depuis hier il est mon chauffeur. Il le sera jusqu’à mon retour à Mysore vendredi après-midi.
Il s’est présenté en me disant qu’il s’appelait Prasanna et qu’il était le Karnataka. J’ai mis un moment à comprendre qu’il voulait dire qu’il venait du Karnataka. Mais à entendre son histoire, je me suis dit qu’il ne croyait pas si bien dire.
Son anglais est un défi pour moi, pourtant nous arrivons à avoir de longues conversations lui et moi. Il est aussi curieux que je puis l’être. Et nos conversations depuis hier matin, nous avons fait déjà plus de 9 heures de route ensemble jusqu’ici, m’ont permis d’aborder avec lui plusieurs aspects de la vie d’une famille indienne.
Prasanna a 31 ans. Il est marié depuis l’âge de 21 ans à une jeune femme qui a aujourd’hui 28 ans et qui ne travaille pas. Il est aussi le papa de deux enfants: une fille de 8 ans et un garçon de 4 ans.
Comme c’est la tradition, les parents de Prasanna vivent chez lui. Son père est fermier et cultive du riz sur un lopin de terre situé un peu à l’extérieur de Mysore. Mais toute la famille habite dans la ville. La production en riz permet à la famille de ne pas acheter de riz de toute l’année. Une économie substantielle.
« My dream is my children », m’a dit Prasanna, avec un peu d’émotion dans la voix. J’ai compris que toute sa vie leur est consacrée. Les deux enfants sont déjà à l’école. Prasanna a quitté l’école à 15 ans pour aider ses parents à gagner un peu d’argent. « I’m not educated » m’a-t-il dit. Ce ne sera pas le cas de ses enfants, il les a inscrits tous les deux à une école privée internationale. Une école où il faut débourser pour l’éducation.
Il en coûte 80 000 roupies par année pour les frais de scolarité, c’est à dire 1 600 dollars canadiens (autour de 1000 euros). Il gagne autour de 20 000 roupies par mois. soit un peu moins de 400 $ canadiens. La moitié de son salaire va au paiement des frais de scolarité, l’autre moitié fait vivre Prasanna, sa femme, ses deux enfants et ses parents.
Il est important de comprendre pourquoi Prasanna s’occupe de ses parents. Je l’ai dit déjà, mais sauf pour les employés de l’État et pour les employés de quelques grandes entreprises, il n’y a aucun fonds de pensions ou de pensions de l’État pour les Indiens. Il est donc de tradition que l’aîné des garçons prennent ses parents à sa charge sinon c’est la misère assurée.
Il m’a parlé de son mariage, arrangé par ses parents. Il a fréquenté celle qui allait devenir sa femme pendant presque deux ans avant que les deux acceptent de se marier.
Il m’a aussi parlé de ses projets pour gagner plus d’argent. Comme presque tous les Indiens, il ne peut compter que sur lui-même, il doit être un entrepreneur. Pour l’instant il est salarié du propriétaire de la voiture qu’il conduit. Il sait qu’il doit gagner plus s’il veut pouvoir continuer à payer la scolarité de ses enfants qui coûte chaque année un peu plus cher. Il a ses plans. Il est optimiste. Mais je le répète, il ne peut compter que sur lui-même, que sur sa débrouillardise.
Une phrase m’a frappé. Il venait de dire qu’il gagnait 300 roupies par jours, 6$ canadiens. « I’m middle class. But my children will do better ». Middle class. 300 roupies par jours.
Et il m’a dit avec fierté, une vraie fierté. « My daughter loves school. And she is very bright. »
Un jour, elle saura ce qu’elle doit à son père.
On vit tous dans le même monde et il y a tellement de réalités différentes. Cela fait réfléchir…
Ce sont des rencontres comme celles-là qui te font vraiment connaître la réalité des citoyens du pays que tu visites…
il y a quelque chose de noble dans le fait de vivre pour le mieux être de ses enfants plutôt que pour le sien
Tu as bien raison. C’est pour ça qu’on est tous tellement actifs à lutter contre les changements climatiques…