Le prix de la modernité

Sur Anna Salai, la grande avenue commerciale de Chennai, tout près d’un grand centre commercial anonyme qui vieillit d’ailleurs assez mal, une petite boutique. Quelques antiquités, de belles pièces d’artisanat assez jolies, réalisées à la main. Le propriétaire, un homme sympathique aux yeux rieurs, exprime son regret devant l’industrialisation de la fabrication de ce qui a fait la renommée de l’Inde, le textile par exemple. « Ils achètent des machines et mettent à pied des dizaines de travailleurs. Nous allons perdre cette expertise artisanale de partout en Inde,  ces gens pour qui viser la qualité était la grande fierté de leur vie. » Je suis entré dans cette boutique parce que la vitrine était attirante, différente aussi de ce que qu’on voit habituellement, on sent l’effort mis dans l’agencement. À l’intérieur,  aucune pression pour acheter, il me présentait ses articles, presqu’un par un. En les caressant et en parlant doucement. J’ai acheté une boîte en papier, peinturée à la main quelque part dans les années 70. Une boîte que j’ai trouvée dans une vitrine, derrière d’autres boîtes encore. Une fois la petite boîte payée, le propriétaire est sorti dehors avec moi, a arrêté un autorickshaw, a négocié le prix de la course et m’a salué cérémonieusement alors que je quittais. J’aurais aimé, je crois, continuer à discuter avec lui.  

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