Peut-être avez-vous lu ou entendu des reportages sur l’incroyable histoire qui s’est déroulée cette semaine. Plus de cinq millions de femmes ont manifesté au Kerala pour l’égalité des droits en faisant une chaîne humaine longue de 620 km.
Tentons d’expliquer comment on en arrive là.
Le temple Sabarimala, situé au Kerala, un État du sud de l’Inde, est consacré à un dieu hindou Lord Ayappa. Selon la tradition, ce dieu serait demeuré célibataire et aurait fait vœu de chasteté.
Pour les Hindous, comme dans bien d’autres traditions religieuses, les menstruations génèrent de l’impureté. En Inde, On permet généralement aux femmes d’entrer dans les temples hindous à tout moment, en prenant pour acquis qu’elles ne s’y rendront pas au moment de leurs règles.
Mais dans ce temple, il est convenu depuis des temps lointains, pour respecter la « pureté » du dieu, de ne laisser entrer au temple, et à aucun moment, aucune femme âgée entre 10 et 50 ans.
Récemment, des femmes ont remis en question cette convention et ont cherché à entrer dans le temple pour y faire leurs dévotions. Elles ont été attaquées, brutalisées et insultées. La police a du intervenir et ça s’est terminé en émeute.
Le gouvernement indien actuel, formé principalement par le BJP, nationaliste hindou, a pris position pour les militants traditionalistes hindous et contre les femmes.
Toute la situation s’est retrouvée à la Cour suprême qui, en septembre dernier, a finalement donné raison aux femmes en rendant illégale cette interdiction d’accéder au temple.
En décembre, deux femmes sont retournées au temple. Les traditionalistes hindous ont à nouveau répondu par des émeutes et empêchent toujours les femmes d’y entrer. Ils ont également procéder à des « rites de purification » après la visite des femmes. Les deux femmes se cachent présentement par peur de représailles de militants extrémistes hindous.
La manifestation d’avant-hier, organisée par la coalition de gauche qui gouverne le Kerala, est une réponse à cette situation. Mais l’extraordinaire participation des femmes kéralaises, elles étaient 5 millions alors que la population totale du Kerala est de 35 millions de personnes, visait à revendiquer de façon générale l’égalité entre les hommes et les femmes. Notons que tout le monde s’attendait à une participation beaucoup moins forte.
Comparons. Il y a 35 millions de personnes au Canada, la même population qu’au Kerala. Peut-on imaginer une manifestation de 5 millions de femmes?
Le Kerala, un endroit fabuleux, a aussi une culture politique très différente de celles des autres États indiens. Les communistes y accèdent régulièrement au pouvoir depuis l’Indépendance de l’Inde, en alternant avec une coalition menée par le Parti du Congrès, dirigé par la famille Nehru-Gandhi. Le taux de scolarisation est le plus élevé de l’Inde et l’espérance de vie, la plus longue. C’est aussi un laboratoire d’idées progressistes.
Cette manifestation est importante car elle donne à l’ensemble des femmes indiennes une indication de leur pouvoir d’agir. Il y a eu de nombreuses réactions, tant en Inde que partout dans le monde, à cette « prise de parole » pacifique et collective des femmes du Kerala.
Des chroniqueurs indiens ont écrit que dans ce contexte, la proximité du premier ministre indien, Narendra Modi, leader du BJP, avec les nationalistes hindous pourraient lui réserver des surprises lors des élections de l’hiver 2019.
Dans un pays où les femmes sont absentes de pratiquement toutes les sphères de la vie, non seulement publiques mais aussi souvent privées, cette manifestation imprime sa marque sur les esprits et peut éventuellement apporter un peu d’espoir pour les femmes et les filles de ce pays.
Faut-il se surprendre? Aucune religion ne traite les femmes en égales. Elles ont été créées par les hommes depuis si longtemps. Ce qui étonne, c’est qu’encore aujourd’hui, les hommes ont si peur des femmes, de son mystère, de son pouvoir de concevoir, qu’ils utilisent encore les mêmes armes pour les assujettir.
Bien vu, Madeleine.
C’est plus clair…. explication réussie! Dire qu’ici, on se scandalise de la tuque d’une députée!
D’abord belle année à toi, pour toi, ta famille, tes projets.. en fait tout ce qui te tient à cœur et qui fait que la vie est une aventure fantastique!
Je me suis un peu laissée débordée et j’ai hier fait une belle séance de rattrapage sur tes différents messages, j’y reviendrai!
Sur cette extraordinaire mobilisation des femmes, que dire sinon que ceux qui continuent à croire que les femmes resteront éternellement muettes et qu’elles continueront à accepter en silence l’inacceptable se trompent .. la preuve. Je rêve d’un monde où toutes les filles et tous les garçons ( parce que tous doivent être éduqués) pourront accéder naturellement à l’école autant qu’elles et ils en auront envie pour qu’enfin toutes ces croyances nées de l’ignorance des Hommes relayées par les religieux cessent!
Merci Denis, j’en ai plus appris par ton témoignage qu’à la lecture des informations ici. J’en ai entendu parlé à deux reprises seulement, à la radio sur France Inter et dans un papier dans l’ Humanité…C’est un sujet qui pourrait tourner en boucle pour réveiller les consciences!
« Plus de cinq millions de femmes ont manifesté au Kerala pour l’égalité des droits en faisant une chaîne humaine longue de 620 km. » c’est juste impressionnant non?
Chère Marie-Françoise, bonne année à toi et à Dédé. Cette histoire de cette grande manifestation est fascinante. Dommage en effet que ce soit si mal couvert. Nous avons tous besoin de ce genre d’exemples à ce moment de notre histoire…
c’est encore la preuve que les religions retardent la libération des femmes. Je ne sais pas si j’aurais le courage de ces femmes qui se défendent au péril de leur vie . Je les admire Fabienne
Tu n’es pas la seule, chère Fabienne, à les admirer…